Un peu de ménage, monsieur François !

édito 13 | 12 | 2011

Un peu de ménage, monsieur François !

« L’avenir n’est pas dans le productivisme intensif et dévoreur de pesticides. Une telle voie est une impasse pour les agriculteurs eux-mêmes –pour leurs revenus comme pour leur santé – et pour les consommateurs ». Ces propos n’ont pas été tenus par le porte-parole de Greenpeace, du WWF ou de Générations Futures : ils sont tirés de l’accord signé le 19 novembre dernier par les responsables du Parti Socialiste et d’Europe-Écologie-Les Verts (EELV). Les deux partis souhaitent lancer un débat supplémentaire sur les enjeux agricoles en 2012, en vue d’une nouvelle loi d’orientation agricole. Les grandes lignes du projet socialo-écologiste sont d’ores et déjà tracées : « redistribution des aides plus équitable », « abaissement de leur plafond », « indépendance protéinique de l’Union européenne », « arrêt des soutiens aux agrocarburants », « relocalisation de l’agriculture favorisant les productions de proximité en lien avec les collectivités locales », « soutien à l’agriculture paysanne et biologique », avec pour objectif d’« atteindre les 20% de la SAU en bio ». Enfin, côté biotechnologies, l’accord prévoit d’encourager « la recherche en espace confiné », tout en interdisant les OGM...

Difficile de faire plus dogmatique ! Si le PS n’a rien lâché sur le nucléaire, il a tout cédé en ce qui concerne l’agriculture. Il est vrai que rue de Solférino, la « vertattitude » bat son plein. « J’ai peu à peu arrêté de regarder les infos de chez les écolos comme des lubies », confie la sénatrice Laurence Rossignol, l’une des négociatrices du PS. De son côté, le député du Gers Philippe Martin « impose [sic] aux cantines d’acheter des produits locaux ». Comme le commente Le Monde, « l’axe Duflot-Aubry tourne à plein régime depuis plusieurs mois ». Discrètement, les deux responsables ont pris l’habitude de se rencontrer dans un hôtel du 7e arrondissement. « Entre Martine et Cécile s’est développé ce qu’on pourrait appeler un syndrome de Stockholm, car à force de se voir sans cesse, on a fini par penser les mêmes choses », explique le député écologiste Yves Cochet. Tout, ou presque, était donc ficelé pour préparer le passage en force des « aubrysto-écologistes ». D’où le soutien apporté par José Bové et Jean-Vincent Placé à la candidature malheureuse de Martine. Un choix désapprouvé par les sympathisants du PS, qui lui ont préféré François Hollande.

Reste à ce dernier à mettre un peu d’ordre. Surtout s’il veut conforter son image de présidentiable. Car peut-on soutenir la recherche et l’innovation en biotechnologies tout en menaçant d’en interdire les usages ? François Hollande compte-t-il vraiment bâtir son programme agricole sur les productions de proximité – et l’agriculture bio – et se priver d’une agriculture productrice et exportatrice ? Compte-t-il par exemple laisser tomber les exportations de pommes françaises ? C’est-à-dire supprimer la moitié des vergers du territoire ? Veut-il que la France arrête d’exporter des céréales, l’un des derniers postes –avec le vin– à faire encore entrer des devises ? Bref, cédera-t-il aux sirènes d’Europe-Écologie, qui vit en apesanteur, au-dessus de toute réalité économique ? François Hollande n’appliquera pas toutes les « mesures » contenues dans le texte, a-t-il déclaré à l’hebdomadaire Marianne. Seulement celles qui lui « paraissent les plus essentielles ». Autant dire qu’il va devoir se livrer à une grande opération de nettoyage...

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