Quand un contrôleur sanitaire de la DDSV confond Nosema apis et Nosema ceranae

actualités 09 | 07 | 2008

Quand un contrôleur sanitaire de la DDSV confond Nosema apis et Nosema ceranae

Face aux dépopulations importantes d’abeilles subies par les apiculteurs du Haut-Rhin, provoquées par le redoutable protozoaire Nosema ceranae, Sébastien Mutel, contrôleur sanitaire de la Direction départementale des services vétérinaires (DDSV), a indiqué qu’ « il n’existe aucun traitement, le retour d’un temps chaud et ensoleillé étant le principal remède. » Cette déclaration est doublement erronée. D’une part, un traitement existe : le Fumidil B, un antibiotique déjà utilisé par les apiculteurs espagnols, mais non autorisé en France. « Aux Etats-Unis et au Canada, ce médicament est même fortement recommandé par les autorités sanitaires, y compris par l’équipe en charge du syndrome d’effondrement des ruches, le CCD », souligne Daniel Limon, président du Syndicat des apiculteurs professionnels Alsace-Lorraine-Champagne. Avec son équipe du laboratoire du Centre apicole régional de Castille-La Manche (Espagne), Mariano Higes, l’expert espagnol qui a mis en évidence dès 2005 la présence de ce protozoaire sur l’abeille européenne (Apis Mellifera), a démontré de façon expérimentale comment éradiquer Nosema ceranae des colonies infestées. « En administrant des traitements de 120 mg de fumagillin, il est possible d’éliminer l’infection », affirme Mariano Higes, qui note toutefois qu’une réinfection est possible après six mois.

D’autre part, affirmer que le retour d’un temps chaud est le principal remède est inexact. En effet, ce redoutable protozoaire provoque des dépopulations chroniques tout au long de l’année, et pas seulement durant le printemps. « Une étude publiée en 2006 dans la revue scientifique Invertebral Pathology établit un lien direct entre l’augmentation de la température et la germination des spores de ce protozoaire, c’est-à-dire que la chaleur augmente sa pathogénicité », poursuit Mariano Higes. « Visiblement, le contrôleur sanitaire de la DDSV confond Nosema ceranae avec son “cousin” Nosema apis, dont l’infestation s’arrête en effet dès les premières chaleurs de l’été », note le chercheur espagnol.

Philippe Lecompte, apiculteur bio et président de l’Adaest, se félicite pour sa part qu’un arrêté préfectoral déclarant l’ensemble du Haut-Rhin touché par la maladie ait été pris. Cet arrêté devrait permettre d’organiser des opérations de lutte et de suivi d’épidémie. « C’est une très bonne chose, car cela témoigne que l’Etat prend enfin conscience de la gravité de cette maladie », note-t-il.

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