Passer au bio pour gagner plus ?

actualités 11 | 01 | 2011

Passer au bio pour gagner plus ?

Face à la décision du gouvernement de réduire le crédit d’impôt de 2000 euros – une baisse que les ministères de l’Agriculture et de l’Ecologie justifient par le fait qu’elle sera compensée par les aides européennes –, les différentes organisations de défense de l’agriculture biologique sont montées au créneau. Ne mâchant pas ses mots, François Veillerette, le porte-parole de Générations Futures, a déclaré : « Il s’agit d’une véritable trahison, d’un reniement insupportable ». La Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB) a exprimé son « mécontentement », qualifiant cette baisse de « scandaleuse », tandis que la Confédération paysanne a dénoncé les « économies de bouts de chandelles » du gouvernement.

Il est vrai que cette mesure ne tombe pas très bien pour le secteur bio, présenté ici et là comme le nouvel eldorado économique pour les agriculteurs, mais dont l’expansion ne répond pas aux objectifs fixés par le Grenelle de l’Environnement. Toutefois, aujourd’hui, le vrai problème du bio – en tout cas en ce qui concerne la production de céréales – est ailleurs. « La montée du cours des céréales a certes eu un effet d’entraînement sur le cours du blé bio, qui a augmenté d’environ 80 euros pour atteindre 385 €/T, mais le différentiel entre blé bio et blé conventionnel – acheté à Rouen à 250 €/T – a considérablement diminué », constate Didier Leprêtre, céréalier bio depuis 2001. Autrement dit, les agriculteurs qui se sont récemment convertis au bio « pour gagner plus » peuvent revoir leurs calculs. En général, on estime que le différentiel de prix en faveur du bio doit se situer aux alentours de 2,5 à 3 par rapport au conventionnel, en fonction des régions et des rendements. Plusieurs raisons expliquent la nécessité d’un tel écart : d’une part le niveau nettement inférieur de rendement (entre 25 à 38 q/ha en bio contre au minimum 70 q/h en conventionnel), moins de frais de phytos mais bien davantage de temps de travail, et enfin une filière toujours pas assez bien organisée, ce qui entraîne notamment des frais de structures plus importants (distances plus longues vers les organismes collecteurs, coût du stockage, etc.). « Lorsque le blé conventionnel se vendait à 100 euros la tonne, faire du bio était très attractif. Avec le niveau de prix actuel – qui pourrait rester à ces niveaux élevés pour les tous prochains mois – c’est beaucoup moins le cas », confirme un responsable d’Orama. Un calcul aujourd’hui très différent et qui pourrait conduire de nombreux agriculteurs nouvellement convertis à reconsidérer la pertinence de leur choix.

agriculture biologique

Articles analogues