actualités 19 | 05 | 2008

Mortalités d’abeilles : l’Allemagne suspend provisoirement des produits à base de clothianidine et de thiaméthoxam

Suite à des mortalités d’abeilles signalées par l’apiculteur Fritz Hug dans le Baden-Württemberg, en Allemagne du Sud, les autorités allemandes ont ordonné la suspension provisoire de huit produits à base de clothianidine et de thiaméthoxam. L’enquête, diligentée par le bureau fédéral allemand de la protection des consommateurs et de l’alimentation (BVL), a en effet confirmé un problème d’intoxication aigu des ruches de l’apiculteur. Cette suspension qui prend effet alors que tous les semis de maïs et de colza ont été réalisés, a été prise « afin de clarifier les liens de causalité », explique un communiqué du BVL. Le bureau fédéral veut également prendre le temps d’évaluer « la garantie de la protection de l’utilisateur ayant procédé au semis ». Bien que cette décision soit valable pour l’ensemble du territoire allemand, « il n’existe à l’heure actuelle aucune indication de tels incidents dans d’autres régions d’Allemagne », indique pour sa part l’Institut Julius Kühl, en charge de la partie toxicologique du dossier.

Selon un communiqué émanant de cet institut, « les premiers onze examens et analyses chimiques confirment la présence certaine d’une relation entre les mortalités d’abeilles et l’utilisation de la clothianidine ». Certaines analyses indiqueraient en effet des quantités de clothianidine à hauteur 20 ppb pour certains lots, a-t-on indiqué à A&E. En revanche, aucune trace de clothianidine n’a été détectée dans le pollen ni dans le miel. Toujours selon les autorités allemandes, les mortalités résulteraient du fait que « des semences traitées avec un insecticide, semées avec une machine pneumatique spécifique, ont entraîné une exposition à un niveau non évalué jusqu’ici dans le processus d’homologation », explique le BVL dans un communiqué de presse en date du 16 mai 2008. Reste à définir ce qui est à l’origine de ce niveau d’exposition « non évalué ».

« A priori, il pourrait s’agir d’une affaire comparable à l’affaire « des sept ruchers » qui a eu lieu dans le Midi-Pyrénées, en mars 2003 », commente le Dr Albert Becker, vice-président de l’association professionnelle des apiculteurs européens (EPBA). A l’époque, la qualité défectueuse d’un pelliculage au fipronil de semences de la variété Mélody avait provoqué la libération de poussières toxiques pour les abeilles. Ce qu’avait confirmé l’analyse d’échantillons d’abeilles mortes, sur lesquels avait été mise en évidence la présence de fipronil, là aussi à des teneurs largement supérieures à la dose létale. Depuis cet incident, le semencier à modifié le procédé industriel de pelliculage et la France a mis en place une série de mesures préventives qui ont fait l’objet d’un décret en date du 11 février 2004. Ainsi, une norme imposant un taux maximal admissible de poussière a été instaurée, ainsi qu’un « contrôle qualité poussière ». La question de l’exposition aux poussières par l’utilisateur et par les abeilles fait d’ailleurs partie des demandes complémentaires exigées par l’Afssa lors de l’homologation de tout nouveau traitement de semences. L’ensemble de ces mesures a permis aux maïsiculteurs français d’utiliser, pour la première fois, des semences de maïs traitées Cruiser, et cela sans qu’aucun problème n’ait été signalé. « Le suivi effectué, dans le cadre d’un protocole scientifique élaboré en liaison avec les associations d’apiculteurs, n’a révélé aucune évolution préoccupante de la mortalité des abeilles [en France], ni de défauts d’application des règles techniques sur la qualité de l’enrobage des semences », a en effet confirmé à la presse le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier.

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