Et pan dans la pomme !

actualités 03 | 04 | 2009

Et pan dans la pomme !

Décidément, Dominique Belpomme n’a pas de chance ! A peine son étude sur le « lien possible entre l’exposition à certains pesticides et le cancer de la prostate aux Antilles » publiée, quatre éminents scientifiques l’ont aussitôt taillée en pièces. Selon un texte signé par le Pr Hervé Azaloux [1] , le Pr Pascal Blanchet [2] , le Dr Moustapha Dièye [3] et le Dr Luc Multigner [4], la publication de Dominique Belpomme présente « sous la forme de résultats originaux des informations produites et publiées auparavant par des médecins, cliniciens et chercheurs, martiniquais et guadeloupéens ». Le professeur aurait-il un peu abusé du copier-coller ? Ce qui serait un moindre mal si les conclusions de l’équipe du Pr Belpomme tenaient au moins la route. Or, toujours selon les quatre spécialistes, ceci est très loin d’être le cas. « Les auteurs [Dominique Belpomme] utilisent une méthode d’analyse inappropriée pour estimer l’évolution de l’incidence du cancer de la prostate », indiquent les chercheurs, qui rappellent qu’il existe des méthodes statistiques recommandées par le Centre international de recherche sur les cancers (CIRC) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « Ces méthodes permettent d’éviter des estimations fallacieuses », note le texte.

Par ailleurs, « de nombreuses données rapportées par les auteurs sont inexactes », poursuit le texte. Ainsi, Dominique Belpomme aurait confondu les chiffres d’incidence du cancer de la prostate en France pour les années 2007, 2002 et 1997. Il aurait classifié l’aldrine et la dieldrine comme « peut-être cancérigène pour l’homme », c’est-à-dire en catégorie 2B, alors que ces pesticides sont classés par le CIRC-OMS dans la catégorie 3 (« inclassable quant à sa cancérogénicité pour l’homme »). Il est vrai que M. Belpomme a beaucoup de problèmes avec les classifications : en février 2004, il s’était déjà fait connaître pour avoir prétendu que « le Régent TS a été classé probablement cancérigène par le CIRC », alors que cette molécule n’a pas été évaluée par le CIRC pour sa cancérogénicité !

En outre, le Pr Azaloux et ses collègues s’interrogent sur les nombreuses données sans références, c’est-à-dire invérifiables. Indiquer les références constitue pourtant le minimum requis d’une publication scientifique. Au final, les experts concluent que «  d’autres éléments dans le texte, y compris la discussion, mériteraient également des éclaircissements. Cependant, cela devient inutile dans la mesure où un grand nombre d’éléments factuels, justifiant l’hypothèse soulevée par les auteurs, s’avèrent inexacts. »

Une telle étude ne va donc pas renforcer l’image déjà bien écornée du professeur Belpomme ; ce qui est plutôt embarrassant pour le président d’Artac, qui vient juste de recevoir de Ségolène Royal une mission sur la santé et l’environnement. [5] Nul ne sait si la présidente de la région Poitou-Charentes a choisi cet ancien sympathisant UMP dans un souci d’ouverture, ou bien si c’est pour se distinguer de Bertrand Delanoë, qui ne semble pas juger très pertinente ses expertises. En tout cas, au sujet des ondes électromagnétiques, le nouveau dada du professeur…

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Télécharger : les commentaires à propos de la pulication « Prostate cancer as an environmental disease : an ecological study in the french Caribbean islands, Martinique and Guadeloupe », par D.Belpomme et collaborateurs parue dans la revueInternational Journal of Oncology

[1Chef de service médecine nucléaire et professeur à l’université des Antilles de la Guyane

[2Chef du service d’urologie au CHA de Pointe à Pitre

[3Responsable scientifique du registre du cancer de la Martinique

[4Responsable scientifique à l’Inserm

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