actualités 21 | 05 | 2007

Dominique Belpomme se fait épingler aux Antilles

Lorsque Dominique Belpomme se déplace, il ne passe pas inaperçu. Lors d’un passage aux Antilles, le cancérologue, qui avait assuré vouloir « travailler en complémentarité de l’action de l’Etat » et relayé « la volonté affichée de l’Etat d’assurer la santé de l’ensemble des citoyens de l’Ile », n’a pas hésité à affirmer que « le Grephy (Groupe régional phytosanitaire) était une mascarade au niveau de l’information, et que [pour obtenir] les véritables données sur le chlordécone, il fallait aller les chercher à l’étranger, les experts [français] ne faisant que recopier les publications internationales. ».

Trop c’est trop, a estimé la journaliste du quotidien France-Antilles, Cécile Everard, qui a immédiatement rectifié le tir dans un article daté du 7 mai 2007 : « De nombreux rapports scientifiques existent, portant non seulement sur la période précédant 2002. Mais aussi sur la période actuelle ». Et de rappeler : « Certes, les données du Grephy sont peut-être critiquables, peut-être insuffisantes, elles ont en tout cas le mérite d’exister et d’être (relativement) accessibles, notamment par le biais des associations de protection de l’environnement qui y sont invitées. »

Cécile Everard n’a particulièrement pas apprécié le fait que Dominique Belpomme ait affirmé haut et fort sur les médias antillais « qu’il n’existe aucune étude de la biologie des sols ». Propos d’autant plus critiquables qu’il existe bel et bien des équipes de l’Inra, du Cirad et de l’IRD [2] , qui travaillent sur ce sujet depuis de nombreuses années. Ce que Dominique Belpomme a d’ailleurs appris au cours de sa conférence de presse, au cours de laquelle il a même scrupuleusement noté les noms des chercheurs afin de les contacter. Comme le commente la journaliste, « le professeur Belpomme aurait tout de même pu s’informer de ce qui est fait pour nous dire ce qu’il y a encore à faire ! »

Cécile Everard n’est pas la seule à ne pas avoir apprécié le séjour antillais du cancérologue parisien. Même les écologistes ont fini par découvrir le sérieux de Dominique Belpomme ! Louis Boutrin, militant écologiste et auteur d’un livre à charge contre le chlordécone, « Chronique d’un empoisonnement annoncé », écrit ainsi dans une tribune de France-Antilles : « Hermann Hesse, un philosophe-écrivain allemand, disait que “le vrai chercheur, celui qui a le désir de trouver, ne doit embrasser aucune doctrine”. Or, par moment, nous avons le sentiment désagréable que le Pr Dominique Belpomme sort de son champ de compétence pour défendre des causes inavouables. Par respect pour le drame écologique que nous subissons et la détresse des nombreuses victimes du chlordécone, nous invitons le Pr Dominique Belpomme à exercer sa science dans un cadre moral et à baliser ses interventions publiques selon une éthique qui respecte les Martiniquais. Il est insupportable d’entendre dire par cet éminent scientifique que “le chlordécone, c’est du passé et qu’il faut s’occuper du paraquat”, quand des mesures biologiques d’exposition menées en Guadeloupe en 2006 révèlent la présence du chlordécone dans 90 % des prélèvements de sang maternel et de sang du cordon ombilical. »

 [1]Le chlordécone est un pesticide organochloré employé aux Antilles de 1981 à 1993 pour le traitement des bananiers pour lutter contre le charançon.

 [2] Inra : institut national de la recherche agronomique ; Cirad : institut français de recherche agronomique au service du développement des pays du Sud et de l’outre-mer français ; IRD : institut de recherche pour le développement.

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