Agitation médiatique bien rodée autour des produits chimiques

actualités 06 | 12 | 2010

Agitation médiatique bien rodée autour des produits chimiques

Menus Toxiques, la brochure de 37 pages rendue publique le 2 décembre 2010 par l’association Générations Futures (ex-MDRGF), s’apparente davantage à une publication sortie tout droit d’un cabinet de communication que d’une enquête scientifique, sérieuse, posée et réfléchie. Ce que semble confirmer l’organisation très professionnelle de sa présentation (conférence de presse, avant-première dans un quotidien à grand tirage, site internet, etc.). Haut en couleurs et riche en phrases facilement mémorisables, le document a pour objectif de générer l’angoisse grâce à l’usage répété d’associations de termes comme « produits cancérigènes », « perturbateur hormonal », « résidus de substances chimiques » ou encore « cocktail de contaminants ». L’opération rondement menée s’est déroulée comme prévu avec plus de 50 couvertures de presse en moins de trois jours.

Il est vrai que la communication était parfaitement adaptée aux journalistes pressés. Surtout ceux qui n’ont pas le temps de réaliser la moindre contre-enquête. C’est le cas du quotidien 20 Minutes, qui a repris quelques formulations chocs du genre : « le résultat est édifiant » ou « les industriels profitent d’une législation mal adaptée ». Même le nom du nutritionniste de service, Laurent Chevallier, « qui s’inquiète de la dégradation sanitaire », a été fourni par les organisateurs de la campagne. Le Figaro n’a pas fait mieux, puisque Thomas Vanpouille se contente de livrer à ses lecteurs une présentation conforme à celle entendue lors de la conférence de presse de Générations Futures (GF).

En revanche, quelques médias, dont Le Parisien et Le Monde, qui ont accordé une place substantielle à ladite enquête, ont donné la parole à des spécialistes de la nutrition. Or, ceux-ci sont tous formels : la brochure de GF ne fait rien d’autre que de fournir un catastrophisme bien inutile. « Il n’y pas lieu de générer une phobie au sein de la population, qui ne sait plus quoi manger », avertit dans Le Monde le Docteur Marie-Christine Boutron-Ruault, directeur de recherche à l’Inserm. La spécialiste précise : « Nous avons forcément dans notre assiette des substances chimiques ». Or, « l’homme peut métaboliser les xénobiotiques auxquels il est exposé en permanence », rappelle-t-elle. Pour sa part, le PrJean-François Narbonne, toxicologue à l’université de Bordeaux, lance un avertissement dans Le Parisien : « Il faut arrêter d’affoler les gens sans leur donner les clés pour comprendre les vrais risques qu’ils courent ». Il ajoute : « Même si les fruits et légumes contiennent quelques résidus de pesticides, il est prouvé que le fait d’en consommer régulièrement permet de réduire les risques de cancer et de maladies cardiovasculaires. » Un rappel qu’on aurait apprécié de retrouver dans la presse agricole professionnelle, qui a malheureusement, elle aussi, couvert l’opération de GF sans beaucoup de recul...

Générations Futures/MDRGF écologie politique