Concombres bio : les sources potentielles de la contamination

à la une 30 | 05 | 2011

Concombres bio : les sources potentielles de la contamination

L’affaire des concombres bio contaminés par la variante entérohémorragique de la bactérie Escherichia Coli (Eceh), à l’origine de 10 décès, rappelle une vérité souvent oubliée : le risque microbiologique reste de loin le plus important en matière de risque alimentaire. « Une investigation doit déterminer à quel moment de la chaîne de production la contamination a eu lieu », a déclaré Cornelia Pruefer-Storcks, en charge des questions de santé à la ville de Hambourg, où plus de 300 personnes présentent des troubles associés à Eceh. Parmi elles, 66 personnes ont été hospitalisées après avoir développé un syndrome hémolytique et urémique (SHU), une affection qui peut dégénérer en insuffisance rénale chronique. Et le nombre de victimes risque encore de s’alourdir, avertit le Docteur Rolf, néphrologue à l’hôpital de Hambourg-Eppendorf. En tout, ce sont plus de 1.000 personnes qui ont été touchées par la contamination.

Plusieurs pistes ont été avancées pour expliquer les sources de cette contamination, qui remonterait à une exploitation espagnole de Malaga (Andalousie), Bio Franet Pepino. « Au vu des conditions de production dans les fermes andalouses, les soupçons se portent vers les engrais bio, qui peuvent contenir des excréments d’animaux », indique Sud-Ouest, l’un des très rares médias français qui ont relevé que les concombres-tueurs étaient bio ! L’hypothèse d’un compost bio contaminé est d’autant plus crédible qu’il s’agit d’une souche d’Escherichia coli particulièrement résistante, qui peut survivre plusieurs mois dans le fumier. Or, pour pallier l’absence de fertilisants de synthèse dont elle se prive volontairement, l’agriculture bio utilise des composts d’origine animale riches en éléments nutritifs, mais susceptibles de véhiculer des germes bactériens pathogènes pour l’homme. Pour obtenir un produit de qualité, dépourvu de toxines, il faut agir avec beaucoup de prudence, et surtout ne jamais répandre un compost fraîchement fabriqué sur une culture, quelques jours seulement avant sa récolte.

« Un mauvais compostage d’origine animale ne peut pas à lui seul expliquer que des concombres ont pu être contaminés, en particulier pour ce type de légumes qui est sans contact direct avec la terre », précise toutefois Jean-François Proust, responsable de ForumPhyto. « Il faudrait que du personnel qui ait manipulé ce compost bio transmette ensuite la contamination aux concombres, ou tout autre défaut d’hygiène à la production ou après », ajoute-t-il.

Toutefois, la piste du compost bio n’est pas la seule possible. Ces germes pathogènes pourraient également provenir d’eau de récupération contaminée par des déjections d’animaux domestiques ou sauvages. Comme le note l’Organisation mondiale de la Santé, « l’eceh a également été isolé dans l’eau (mares, ruisseaux), dans des puits et des citernes ». Une transmission par voie hydrique, notamment par de l’eau contaminée par des effluents d’élevage, n’est donc pas à exclure. « La concentration et la prévalence d’Escherichia coli O157 dans les excréments de bétail au moment de l’abattage, dans des échantillons fécaux recueillis dans le rectum des bovins abattus, est estimée pouvoir varier entre 1,5% et 7,5% », note le Dr Jean-Louis Thillier, spécialiste en sécurité alimentaire. Ce qui explique que les bovins et autres ruminants ont été établis comme les principaux réservoirs naturels d’E. coli O157 et qu’ils jouent un rôle majeur en épidémiologie des infections humaines. « Dans le cas des concombres d’Espagne, il me paraît évident qu’un contact indirect avec des bovins et autres animaux de ferme par de l’eau contaminée soit la cause », conclut le spécialiste.

Pour l’instant, les autorités espagnoles récusent l’ensemble de ces hypothèses. Elles avancent que la contamination aurait eu lieu au cours du transport, par exemple lors de la chute d’une palette sur le marché de Hambourg. L’importance de la contamination – l’une des plus sérieuses de ces vingt dernières années – et de sa diffusion à travers plusieurs pays européens rend indispensable une collaboration étroite de l’ensemble des services sanitaires de l’Union européenne afin que toute la lumière soit faite sur cette affaire.

e.coli agriculture biologique

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